Critique de Mario & Luigi: Paper Jam


Mario & Luigi: Paper Jam

Dévoilé au dernier salon annuel de l’industrie vidéoludique, le E3 de Los Angeles, personne n’attendait un nouveau chapitre à la série de jeu de rôles situé au Royaume des Champignons. Mario & Luigi: Paper Jam reprend exactement là où l’équipe d’AlphaDream nous a laissés avec Mario & Luigi: Dream Team. Ce précédent chapitre avait été favorablement accueilli par la critique il y a maintenant trois ans. Cependant, force est d’admettre que malgré les améliorations apportées au tutoriel et l’intégration de certaines mécaniques de la série Paper Mario, cette deuxième itération 3DS pêche par de trop nombreuses redites et des combats de figurines de papier (Titancartons) mal ficelés.

La prémisse est intéressante : après avoir tenté de colmater une brèche dans un mur du château de Peach, Luigi renverse un grimoire duquel jaillissent de nombreux personnages de l’univers Paper Mario. L’occasion est trop belle pour introduire certains éléments caractéristiques à cette autre série de jeu de rôles développée autour de l’univers Mario. Une fois Bowser et son double rabibochés, il y a deux princesses Peach à kidnapper. Le rapt passe comme une lettre à la poste. Aussitôt alertés, Mario, son facsimilé et Luigi se dirigent vers le château de Bowser, mais chemin faisant, les protagonistes devront composer avec des équipes d’adversaires dédoublés (version 3D et version papier).

Une fois la formule établie, elle est appliquée ad nauseam et la multiplication des intervenants (en relation souvent trouble avec leur copie-conforme de pulpe) retarde à dessein la poursuite de la quête principale. La préséance de cette redondante formule sur le scénario débouche rapidement sur une histoire décousue même selon les paramètres généreux de l’univers du Royaume des Champignons. Si pour n’importe quel jeu de plateforme l’histoire se révèle accessoire, les lacunes du scénario d’un jeu de rôles comme Paper Jam pèsent lourdement dans la balance.

D’autant plus que les quêtes secondaires sont aussi abrutissantes que répétitives. Lorsqu’on vous aura demandé pour la troisième fois de retrouver une demi-douzaine de Toad de papier, vous préférerez passer votre tour. Il faut cependant noter au passage le travail des scripteurs qui ont imprégné le scénario d’un humour burlesque qui ne se dément pas : les stratégies d’évitement et les dialogues des deux princesses sont particulièrement délicieux. Par ailleurs, la traduction de langue française rend bien l’esprit cabotin des créateurs japonais. Je remarque en outre que l’équipe de localisation chez Nintendo doit être composée de Français et de Québécois puisque la résultante en est un heureux mélange là où les expressions servent le scénario. C’est « plat » s’écrie un des Toad de papier, une expression usitée seulement au Québec à ma connaissance.

Des rencontres inattendues
Des rencontres inattendues…
Il faut plutôt se tourner vers la mécanique de combat pour goûter le meilleur de Mario & Luigi: Paper Jam. Comme c’est le cas des précédentes itérations, les combats ont lieu tour par tour à l’extérieur de l’interface générale du jeu. La série Mario & Luigi a toujours été caractérisée par le dynamisme débridé de son système de combat et Paper Jam n’en fait pas exception. Mario, Luigi et Paper Mario se voient ainsi assigner un bouton (A, B ou Y) sur lequel le joueur doit appuyer au bon moment pour maximiser ses attaques et amortir les attaques de ses ennemis. Il ne faut pas se leurrer, les laquais (les Goombas et Koopas de ce monde) ne sont qu’un banc d’essai pour s’habituer à éviter les charges d’assaut portées contre le joueur. Une fois confronté à un chef de niveau, la maîtrise des tactiques de combat devient essentielle à la survie du trio. La première tentative est rarement la bonne. C’est d’ailleurs lors de ces joutes plus corsées où les attaques se révèlent particulièrement imaginatives de la part des chefs de niveaux.

AlphaDream a cependant élaboré un second mode de combat, les affrontements de figurines de papier, dites de «Titancartons». D’un simplisme à l’excès, adoubé d’un mini-jeu de rythme musical pour régénérer ses forces, le concept est mal ficelé et exécuté maladroitement, ces batailles viennent briser le rythme déjà poussif du jeu. Alpha Dream aurait rendu un grand service à ses amateurs en passant l’idée des Titancartons au déchiqueteur.

Mais, s’il faut comparer avec Dream Team, le constat n’est pas strictement négatif. Il faut saluer les efforts déployés pour émonder les trop encombrants tutoriels ayant plombé l’expérience de l’itération précédente.

Graphismes

Un regard suffit pour constater que Alpha Dream a simplement choisi de reconduire ce qui avait été créé pour Dream Team en 2013. En effet, non seulement a-t-on repris les décalques (sprites) de l’épisode précédent, on a poussé l’audace et même récupéré les animations. Cette approche économique est surtout évidente lors des combats où il serait difficile de croire que l’on a droit à une tout nouveau chapitre si ce n’était pas de l’ajout de Paper Mario et des ennemis tirés du même univers. Il est vrai que la nouvelle direction artistique empruntée pour la réalisation de Dream Team avait été saluée par la critique.

À vrai dire, l’esthétisme minimaliste de l’univers Paper Mario est généralement plus intéressant que celle caractérisant les jeux Mario & Luigi. L’environnement 3D dans lequel le joueur est appelé à progresser n’est pas particulièrement attrayant. En cela, on peut reprendre les critiques formulées à l’endroit de l’épisode précédent : le décor aux couleurs criantes est paradoxalement morne, grossièrement conçu. Les éléments devant enjoliver l’environnement sont trop peu nombreux. Le traitement de la stéréoscopie est par contre assez impressionnant, surtout lors des combats contre les chefs de niveaux où la démesure prend le haut du pavé.

Bande sonore

Le traitement musical plutôt discret du jeu est le bienvenu. Dans un univers aussi criant, du trop-plein, de l’autodérision, une musique trop marquée aurait desservi sa fonction accompagnatrice première. L’on remarque ici et là quelques morceaux empruntés à d’autres jeux de l’univers Mario (notamment Super Mario 64) et remaniés pour l’occasion. Rien de bien marquant, rien de mémorable, mais la juste mesure est ici très appréciée.

Conclusion

Pour ceux qui découvrent la série avec ce cinquième chapitre, l’expérience sera appréciée alors que pour ceux qui espéraient mieux qu’une redite, il faudra repasser. Ce qui réussit au jeu demeure son mode de combat interactif et il faut espérer que les concepteurs de jeux de rôles s’en inspirent librement puisqu’il s’agit d’une très bonne tentative pour dépoussiérer un genre qui a tendance à se scléroser. Cependant, si cette mécanique brille par son ingéniosité, elle ne compense malheureusement pas les lacunes du jeu. Mario & Luigi: Paper Jam n’est pas exempt de tâches répétitives conçues pour étirer inutilement la sauce (Toad de papier) ou de mini jeux abrutissants (combats de Titancartons). En outre, je ne crois pas qu’une console vieillissante comme la 3DS ait été la plateforme de choix pour revenir à la charge avec cette série de second ordre.

J’attribue donc une note de 6 étoiles de carton recyclé sur 10 à Mario & Luigi: Paper Jam.

Note : MonNintendo.québec a reçu un exemplaire du jeu pour en rédiger la recension.

Date de sortie : 22 janvier 2016
Éditeur : Nintendo
Prix (en dollars canadiens) : 49,99 $

En résumé

Malgré les bonnes intentions [...] cette deuxième itération 3DS pêche par de trop nombreuses redites et des combats de figurines de papier (Titancartons) mal ficelés
6.0
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